Le 30 octobre 2023, le Sénat a adopté en première lecture, une proposition de loi visant à protéger la langue française des dérives de l’écriture dite inclusive. Au delà du débat parfois passionné que suscite invariablement ce sujet, l’écriture inclusive est-elle un problème supplémentaire pour les personnes dyslexiques/dysorthographiques ?
Nous avons demandé à Anne Martineau, orthophoniste, son avis sur cette évolution de la langue et ses implications. Malgré sa grande expérience, elle se juge incapable d’affirmer aujourd’hui que l’écriture inclusive complexifie davantage l’apprentissage de la lecture pour les dyslexiques.
Installée depuis 20 ans dans le quartier de la Bastille à Paris, elle en a vu défiler des enfants dys dans son cabinet. Chacun a sa propre logique dys et tous usent de stratégies différentes pour compenser leur handicap. Les uns visualisent les lettres, le B comme une grosse botte, le D, comme celui de dame avec un imposant derrière. En revanche, au niveau de l’apprentissage des sons correspondants, c’est une autre paire de manche.
Le français, une langue opaque
En effet, souligne Anne Martineau, le français est déjà une langue extrêmement complexe. Nous ne prononçons pas toutes les lettres qui composent le mot, à la différence de l’italien, que l’on nomme « langue transparente ». En effet, toutes les lettres écrites sont prononcées. En français, il y a souvent de multiples façons d’écrire un son. Le son « O » par exemple, peut s’écrire « O », « au », au encore « eau », sans qu’il y ait de logique. Pour un enfant dyslexiques c’est un casse-tête, puisque ce qui leur pose problème, c’est la conversion phonétique de ce qui est écrit (graphique).
Au milieu de cette jungle de règles de grammaire, de conjugaison et d’innombrables exceptions, le point médian est-il un frein supplémentaire à l’acquisition de la lecture pour les enfants dys ?
Pour la FFDYS, aucun doute : il représente une difficulté supplémentaire pour les lecteurs et lectrices débutants. Ils n’ont pas encore automatisé la reconnaissance des mots. « Le décodage explicite de chaque syllabe demande un effort considérable d’attention ». Insérer une nouvelle ponctuation juste avant la terminaison des mots ne peut que perturber les repères orthographiques et leur acquisition.
Anne Martineau, quant à elle, insiste sur le fait que les enfants sont très adaptables aux changements et préconise que des études soient réalisées afin de s’assurer que le point médian constituera une difficulté supplémentaire.
Elvire Cassan